Tous ces éléments illustrent l'effet rebond. Celui-ci se définit comme : "l’augmentation de consommation liée à la réduction des limites à l’utilisation d’une technologie, ces limites pouvant être monétaires, temporelles, sociales, physiques, liées à l’effort, au danger, à l’organisation…" (1)

L'effet rebond a dans un premier temps été identifié dans le domaine financier où l'argent était le facteur limitant et sa résolution par l'innovation technologique permettait d'accroître les investissements. Toutefois de nombreuses variables peuvent constituer un élément limitant qui peut être résolu par la technologie : le risque acceptable, le poids, la taille, le temps, la pollution, etc. Ainsi le fait d'avoir des téléphones portables plus légers et plus petits n'entraînent pas un gain de place puisque désormais ce sont deux ou trois appareils qui peuvent prendre la place d'un seul. (2)

Il existe de nombreux cas de figure d'aggravation de l'effet rebond, notamment F. Schneider cite : "Le phénomène s’aggrave lorsque la croissance due à l’effet rebond amène une augmentation d’autres problèmes pour lesquels il n’y avait pas de facteur limitant. Par exemple, des transports plus rapides amènent une augmentation des distances parcourues, ayant comme effet annexe une augmentation de la pollution, du nombre de morts ou des coûts globaux. Autre exemple : une grande part des extractions et des productions polluantes se fait maintenant hors de notre environnement immédiat, et souvent hors des frontières. Dans ce cas, il existe aussi un effet rebond : les améliorations de notre environnement local nous conduisent à consommer plus puisque les conséquences ne sont pas ressenties directement.". Par exemple, l'explosion de l'ordinateur et du tout digital devait sonner la fin du papier... résultat, la consommation a en fait augmenté (environ de 7% par an depuis 10 ans en France) de par l'équipement des particuliers en imprimantes et autres photocopieuses !

La prise en compte de l'effet rebond remet très vite en cause les discours reliant trop rapidement progrès technologique et meilleure efficacité environnementale puisqu'il faut pouvoir anticiper la logique d'effet rebond. Par exemple, nous évoquions sur ce blog la pénurie potentielle en lithium en raison de l'explosion des batteries de voiture sur un marché qui deviendrait mature. En quoi cela résout-il le problème de pénurie d'essence ? En fait le progrès technologique déplace ici le problème, sans rien résoudre. Autre exemple : l'explosion des technologies IT favorise le home office (travail à la maison), toutefois, le salarié à la maison consomme de l'électricité, du chauffage, son poste informatique dédié, avec des infrastructures souvent nettement moins adapté en termes de rendement énergétique total.

Ainsi, pour que la Responsabilité Sociale des Entreprises trouve réellement sa source dans le progrès technologique, il est primordial de prendre en compte l'ensemble des paramètres du marché pour essayer d'évaluer au global l'impact du progrès généré par la technologie proposée. Cette évaluation est particulièrement délicate à mener.

Sources : (1) - François Schneider, Fritz Hinterberger, Roman Mesicek, Fred Luks, ECO-INFOSOCIETY: Strategies for an Ecological Information Society, dans “Sustainability in the Information Society", Hilty, M.L., P.W.Gilgen (Eds.), part 2, p.831-839, Metropolis-Verlag, Marburg.

(2) - L’effet rebond, François Schneider, Article paru dans l’Ecologiste, Edition française de The Ecologist n°11 Octobre 2003, Vol 4, n°3, p45

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