Les technologies émergentes les plus prometteuses de 2010 sont... (partie 2)
Par Alain Goudey le mercredi, 12 mai 2010, 16:51 - Prospective - Lien permanent
Suite de notre petit parcours au sein des technologies jugées comme les plus prometteuses par la revue Technology Review, publiée par le MIT, à elles seules les technos IT rassemblaient 4 nominations sur 10 ! Pourtant de belles choses sont en préparation dans les nanotechnologies, la green industry, ou encore la génétique... revue des 6 autres technologies primées.

Concernant la green industry, nous avons :
- le béton vert : ou comment stocker le CO2 dans le ciment ! La fabrication du ciment pour le béton consiste à chauffer à 1450°C un mélange de calcaire, d'argile et de sable. De cette contrainte de fabrication, il apparaît qu'en 2009 la fabrication des 2,8 milliards de tonnes de ciment produites a été responsable de 5% des émissions de CO2 mondiales. L'objectif du béton vert est d'absorber plus de CO2 que ce que sa fabrication a générée. En étudiant des mélanges d'oxydes de magnésium avec du ciment Portland, Nikolaos Vlasopoulos (Novacem) s'est rendu compte qu'en ajoutant de l'eau aux oxydes seuls, il obtenait un ciment assez solide. En durcissant, le CO2 atmosphérique réagissait avec le magnésium pour générer des carbonates qui renforcent alors le ciment tout en piégeant du CO2. Aujourd'hui, il faut encore affiner la formule pour être sur des performances mécaniques similaires au ciment Portland... maximum un an selon Novacem !
- le fuel solaire : ou le combustible illimité ! Noubar Afeyan, le patron de Flaship Ventures fait le constat que finalement les biocarburants trouvent leur origine dans le CO2 et l'eau. Pour lui, il n'est donc pas pertinent d'utiliser la biomasse (maïs, algues, etc.). Pour arriver à ses fins, Noubar Afeyan a créer par manipulation génétique des micro-organismes photosynthétiques qui transforment la lumière solaire en éthanol ou en diesel. Ces micro-organismes placés dans des photobioréacteurs n'ont besoin que de peu de place pour réaliser cette synthèse et n'ont pas besoin d'eau ! Les rendements sont 100 fois supérieurs à ceux obtenus par la fermentation du maïs ! Cette technologie semble pouvoir amener à des coûts comparables à ceux des combustibles fossiles. Ce biofuel est peut-être une alternative crédible au fuel fossile.
- les cellules photovoltaïques à couches minces: Kylie Catchpole a découvert comment rendre l'énergie solaire plus compétitive sur la base de cellules solaires en film fin. Cette technologie est basée sur des matériaux semi-conducteur comme le silicium amorphe ou le tellurure de cadnium, moins onéreux à produire que les cellules traditionnelles à base de silicium cristallin (et qui est plus épais). Cependant les rendements des cellules solaires à couches minces est moindre que celui des cellules traditionnelles (10% en moyenne pour les couches minces contre 16.5% en moyenne pour le silicium cristallin). Grâce à la plasmonique (les plasmons sont des ondes qui se déplacent dans les électrons à la surface d'un métal quand ils sont excités par un rayon lumineux) utilisée sur des cellules photovoltaïques à couches minces (ce qui n'avait jamais été tenté jusque là), tout se passe comme si le rayon lumineux s'enfermait dans la cellule par ricochet, il y a donc une absorption nettement meilleure ! La hausse de rendement est alors spectaculaire et placerait la technologie à couche mince devant celle à silicium cristallin.
Concernant le domaine médical et la génétique :
- les cellules souches transformées : par manipulation génétique, en ajoutant quatre gènes, il est possible aujourd'hui de fabriquer des cellules souches à partir de cellules adultes. Ces cellules nommées iPS ont à la fois la capacité de se reproduire plusieurs fois et peuvent se développer en n'importe quelle cellule du corps humain. Une croyance forte liée aux cellules souches est d'ouvrir la voie à la régénération du corps humain (et à l'éternité ?) mais pour les chercheurs, et notamment James Thomson, l'enjeu serait plutôt lié à la mise en oeuvre de nouvelles approches d'exploration des maladies (diabète, etc.) en amenant ces cellules iPS à se différencier en l'ensemble des cellules impactées par la maladie. Cela permettrait en fait de tracer l'ensemble du processus moléculaire en oeuvre dans le déclenchement et le développement de maladies. L'autre piste relève de l'apport de cellules adultes malades sur lesquels tester les médicaments sans mettre en danger l'homme.
- l'électronique implantable : en utilisant la soie comme matériau de base, Fiorenzo Omenetto arrive à créer des dispositifs optiques et électroniques implantables dans le corps humain. Ceux-ci pourront alors surveiller les signaux vitaux du corps comme l'activité cardiaque, la concentration d'oxygène dans le sang, etc. La soie est un matériaux biodégradable et toléré par l'organisme qui conduit la lumière, peut servir de support mécanique, de filet à enzymes, etc. Aujourd'hui sont testés des tableaux électriques à base de transistors, de LED et de soie et ces assemblages semblent particulièrement bien tolérés par les organismes.
- les antigènes à action double : Germaine Fuh (Genentech) souhaite combiner au sein d'une même molécule l'action des anticorps Herceptin (qui neutralise HER2, accélérateur de croissance de 20% des tumeurs du sein) et Avastin qui bloque la protéine qui stimule la formation des vaisseaux sanguins tumoraux d'alimentation des cellules carcinogènes. Aujourd'hui cette action double est recherchée par le mélange de produits dans le cadre des protocoles de chimio-thérapie. Créer un médicament à action double irait donc dans une simplification des protocoles et une meilleure rentabilité de développement pour les laboratoires pharmaceutiques. Aujourd'hui Genentech est la propriété du laboratoire pharmaceutique Roche.
Ces nouvelles technologies peuvent modifier en profondeur notre société et leur mise sur le marché consiste en un sacré challenge pour les entreprises concernées. A suivre de près !
source : Technology Review