Lithium : pénurie ou pas ? Tentative d'analyse de la situation...
Par Alain Goudey le lundi, 15 février 2010, 14:05 - Prospective - Lien permanent
Avec le boom des appareils électriques nomades et surtout celui annoncé des voitures électriques, de nombreuses sources s'interrogent sur la pertinence de ce choix technologique en raison de l'état des réserves mondiales. Aujourd'hui le carbonate de lithium (forme en poudre qui permet l'incorporation dans les batteries) se vend à la tonne trois fois plus cher qu'en 2006 , aux alentours de 6500 euros la tonne.

Pas étonnant que la batterie lithium demeure l'organe le plus cher de la voiture électrique : entre 1200 et 1900 euros le kilo-watt, fonction de la technologie retenue. Au total, la batterie arrive à plus de 10 000 euros pour un véhicule à la puissance et autonomie suffisantes. Les qualités de la technologie sont incontestables : légère, d'encombrement faible, d'une durée de vie assez longue.
On trouve le lithium partout dans la nature, mais en très petite quantité. Les deux formes les plus classiques sont du chlorure de lithium dans des déserts de sel ou des lacs de saumure et du spodumène (minéral mélangeant lithium et aluminium). C'est le 33ème élément le plus abondant sur Terre. Les gisements principaux connus se situent en Amérique Latine. 50% de la production actuelle provient de l'Argentine et du Chili et Evo Morales voit en la Bolivie la future Arabie Saoudite : 100 millions de tonnes sont enfouies dans le désert de sel du Salar d'Uyuni. Cela assure quelques milliards (entre 3 et 5) de véhicules électriques. Toutefois, les sites d'exploitation rentables sont encore peu nombreux. Et les investissements sont colossaux : 800 millions de dollars sont nécessaires pour ouvrir la mine, et exploiter une raffinerie à près de 4000 mètres d'altitude en Bolivie. Se pose alors la question de la dépendance énergétique des pays à cette nouvelle technologie de stockage...
Dans la négociation des licences d'exploitation, de grands groupes sont en compétition : Bolloré, les constructeurs allemand d'automobile, Mitsubishi avec l'appui d'un consortium japonnais, et quelques firmes chinoises. Quoiqu'il arrive, l'Europe sera fortement dépendante de l'approvisionnement d'Amérique du Sud. Quels sont alors les pistes européennes ?
En voici quelques unes : 1. négocier des contrats d'exploitation de long cours en Bolivie : durable économiquement et d'un point de vue environnemental. Dans ce cadre, il faudrait dépasser la rivalité franco-allemande pour proposer la constitution d'un consortium européen du lithium.
2. augmenter le rendement énergétique des techniques lithium actuelles.
3. favoriser la démocratisation des transports en commun / covoiturage de sorte qu'une batterie lithium transporte au cours de sa décharge plusieurs personnes au lieu d'une seule !
4. étudier les alternatives énergétiques selon les modes d'utilisation : investir dans la recherche pour d'autres formes de technologie que le lithium pour le transport et réserver ces batteries au petit appareillage électronique.
Commentaires
Les pistes européennes sont nombreuses.
Dans une prospective vertueuse de la mondialisation, ne pourrait t on pas atteindre un équilibre avec une extraction du Lithium en Amérique, une fabrication des batteries en Asie et le recyclage en Europe pour repartir sur un nouveau cycle ?
Bonjour, les pistes sont en effet très nombreuses. Notre propos est simplement de mettre en lumière que le Lithium de demain ne doit pas devenir le pétrole d'aujourd'hui... par ailleurs, une coordination européenne semble complexe, alors une coordination mondiale paraît encore plus délicate ! Non ?
Bonjour
sujet fort intéressant s'il en est,bien qu'il existe quelques solutions de recyclage potentielles pour ce qui concerne les batteries au lithium, je suis à la recherche de solutions de valorisation pour des solutions aqueuses contenant du lithium si qq'un pourrais m'orienter sur ce type d'installation ou en alternative chez des producteurs de catalyseurs utilisant ce type de métal... Merci
P.S petite précision dans ce cas spécifique il s'agit de déchets et non de solutions matières premières.